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«Fintech», un monde encore inexploré

 

 

Les services financiers peuvent tirer profit de ces clients potentiels hyperconnectés. L’AMF dit surveiller de près le phénomène en émergence.

 

La réservation du voyage a changé. La consommation du divertissement a changé. Aux yeux d’Éric Lemieux, ex-directeur de la grappe Finance Montréal en train de constituer un fonds dédié au créneau de la « fintech », le recours aux services financiers est appelé, lui aussi, à changer. Et Montréal a le savoir-faire pour s’y tailler une place.

 

La « fintech », appellation générique désignant l’usage des technologies pour joindre une nouvelle génération de clients ou perturber l’

 

ordre établi, a le vent dans les voiles. Selon la firme-conseil Accenture, le capital de risque mondial a investi 12,2 milliards dans de jeunes entreprises en 2014. L’année précédente, c’était trois fois moins.

 

Pensez aux objets connectés à Internet, dit Éric Lemieux, et faites le lien avec l’industrie financière. Imaginez un instant l’assureur qui offrirait des rabais aux clients ayant décidé de partager les données de leur application de course à pied. Ou ce chalet d’été qui n’aurait pas besoin d’être visité l’hiver s’il était équipé de caméras ou de capteurs. Pour l’industrie financière, la gestion du risque pourrait être appelée à changer.

 

« C’est un domaine en effervescence », dit Éric Lemieux, qui a récemment fondé M2S Capital afin d’appuyer des sociétés « fintech » en phase de développement. Son objectif : constituer un fonds de 150 millions.

 

« Depuis toujours, l’industrie financière est un grand consommateur de technologies. Ce n’est rien de nouveau », dit M. Lemieux, dont le passage à la direction de Finance Montréal a été ponctué des deux premiers forums FinTech Montréal, en 2013 et 2014.« Mais dans les 10 prochaines années, la façon de consommer les services financiers va changer au-delà de dire “ au lieu d’aller à la Caisse, on va au guichet, et sinon on va sur Internet ”. »

 

Le mouvement de la « fintech », qui compte à Montréal des joueurs comme Croesus, spécialiste des relations client, est à la fois « une menace et une occasion » pour les établissements financiers, a récemment écrit Accenture dans un rapport sur son émergence. « La fintech permet à de jeunes pousses technos de s’immiscer dans le monde bancaire, mais, de manière paradoxale, elle permet aux banques d’améliorer leurs produits et services pour leurs clients. »

 

Prudence, dit l’AMF

 

L’apparition de ces nouvelles relations entre un établissement financier et ses clients présente peut-être certains écueils, estime l’Autorité des marchés financiers. Le gendarme de l’industrie au Québec y a consacré un passage dans son rapport annuel 2014 sur les institutions financières.

 

« Le monde de plus en plus connecté vers lequel la société se dirige recèle [des]possibilités qui risquent de modifier les façons de faire des institutions financières, a écrit l’AMF vendredi. Les objets connectés sont en partie responsables de l’accroissement du volume de données générées sur les réseaux. Ils représentent en fait l’extension d’Internet au monde physique. »

 

« Malgré le fait que les objets connectés puissent permettre aux institutions financières de peaufiner leur offre de produits et services, l’utilisation de ces technologies présente un risque accru, notamment en matière de protection des renseignements personnels et de protection de la vie privée », a ajouté l’AMF.

 

Au final, l’organisme de réglementation veut donc « assurer une vigie constante de ces phénomènes émergents afin de baliser adéquatement l’implication des institutions financières sous sa supervision et informer convenablement les consommateurs ».

 

La famille Desmarais n’est pas insensible au phénomène. Il y a trois mois, lorsque la Financière Power a choisi d’investir 30 millions dans la société Wealthsimple, spécialiste du« conseil robot », la presse torontoise a noté qu’il s’agissait là d’une première vraie poignée de main entre la « fintech » et un gros canon de la finance.

 

La Financière Power n’a pas caché ce qu’elle voit comme un bénéfice potentiel : rejoindre les jeunes aptes à investir et les gens disposant de moyens modestes. La méthode, certes, n’est pas classique : Wealthsimple affirme que « chaque investisseur » a accès à un « concierge financier, qui travaille à distance et qui est disponible par message texte, téléphone ou discussion vidéo ». Power y voit une manière d’intéresser les « segments moins bien desservis ». À suivre.

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